Mentorat éducatif : retour d’expérience de Live Mentor

Mentorat éducatif : retour d’expérience de Live Mentor


Entretien avec Alexandre Dana, Live Mentor.

En parallèle de la mission de Directrice du Mentorat que j’ai effectuée pendant quelques mois chez OpenClassrooms, je me suis intéressée à l’état et à l’évolution du mentorat, essentiellement en France. En ont résulté quelques entretiens intéressants à partager, dont celui-ci avec Alexandre Dana, fondateur de Live Mentor.

Live Mentor se positionnant dans l’univers éducatif, tout comme OpenClassrooms, je mets les deux en perspective à la fin de cet article pour illustrer quelque peu la manière dont le mentorat semble se développer en France dans les startups de l’éducation.

Quelle est l’activité de Live Mentor ?

Live Mentor est un site d’éducation en ligne pour freelances, entrepreneurs ou indépendants, fondé par Alexandre Dana. Alexandre donnait déjà des cours depuis 10 ans quand il a fondé Live Mentor, dont le principe est lié à l’évolution de sa propre manière d’enseigner. Il avait commencé par transmettre des savoir-faire (« hard skills »), tel que l’enseignement des mathématiques par exemple, puis il s’est rendu compte progressivement que le rôle de l’accompagnant est de se centrer sur le projet de l’élève. Ce qui constitue le socle de la pédagogie Live Mentor.

Quelle différence fait Alexandre entre mentor, coach, enseignant et formateur ?

Pour Alexandre, il n’y a pas de différence stricte entre ces rôles, il adopte les différentes casquettes en alternance dans l’accompagnement de ses élèves ; c’est propre à la personne. Lui-même se met souvent dans la posture du coach, une posture « basse » (je cite), qui pose des questions, dédiée à la transformation de la personne qu’il accompagne. Il est mentor quand il a – souvent – une expérience similaire à partager. Mais il est également aussi formateur, car il transmet des connaissances. Et il lui arrive d’être consultant, car il aide parfois dans la réalisation de projets.

Live Mentor : est-ce une communauté de mentors, ou des mentors internes dont c’est le job à temps plein ?

Ce sont des mentors internes, dont c’est le travail, et qui adoptent les différentes casquettes identifiées ci-dessus en alternance.

C’est le cœur de l’activité : le mentor est la « gare de triage » des besoins, demandes et projets de l’élève, puis il les oriente vers une bibliothèque de cours. Mais tout part de l’échange avec le mentor. Il y a un fort travail d’identification des besoins, ainsi qu’un mélange de développement personnel et de développement professionnel. Au mentor de recommander les outils les plus adaptés à l’élève et à son projet (MBTI, Ikigai, Matrice de la demande, Lean Startup…). Les mentors peuvent associer différentes méthodologies, à eux de trouver celle(s) qui résonne(nt) le plus avec un élève.

Les mentors ont également un travail d’archivage, pour pouvoir adresser les besoins d’élèves ayant des projets très différents, allant de la volonté de devenir clown à la création d’un site de e-commerce ou d’un projet de co-working…  C’est l’expertise du mentor qui fait la différence. Par rapport aux contenus éducatifs proposés et disponibles en ligne, c’est le mentor qui a le rôle principal, ce qui nécessite d’avoir des mentors très bien formés et accompagnés.

Alexandre Dana, fondateur de Live Mentor
Alexandre Dana, fondateur de Live Mentor

L’idée du mentorat était-elle présente dès le début du projet, ou est-elle apparue après et comment ?

Live Mentor est le fruit d’une évolution pédagogique, selon Alexandre.

Chez Live Mentor, les programmes éducatifs ont une durée fixe, mais il n’y a pas de test en fin de parcours, ni de validation des compétences, sinon on retomberait dans les travers « standardisants » de l’éducation classique, ce qui serait contraire à l’objectif. La « réussite » et l’atteinte des objectifs sont à l’appréciation du mentor / coach et de l’élève. Aujourd’hui, leurs enquêtes de satisfaction donnent un NPS élevé (Net Promoter Score, outil d’évaluation de la satisfaction basé sur la recommandation client) de 89.

Pour croître tout en évitant l’effet « Batch » (« lots ») tel qu’il existe à l’Education Nationale, ou de manière plus moderne et insidieuse, tel qu’il peut également être promu par Google et les contenus standard proposés à tous, il s’inspire plutôt du modèle Montessori, qui a plus de 100 ans maintenant : un réseau d’écoles, connectées entre elles, chacune étant plutôt une ruche, et qui permet de garder le focus sur une petite unité d’élèves.

Alexandre ne se projette pas à long terme, mais quand il sent que la croissance, la « scalabilité » (l’évolutivité) du modèle peut aller contre la réussite d’un élève, il réfléchit à la pédagogie à revoir.

Un sujet d’intérêt pour lui qui reste à creuser chez Live Mentor, est le mentorat par les pairs : aujourd’hui Live Mentor fournit l’accompagnement et le contenu à ses élèves, reste à leur fournir un réseau ciblé très bienveillant. Il faut recréer ces micro-communautés.

Pense-t-il que le mentorat est transposable à de l’éducation « sur site » ? A d’autres univers professionnels ?

Oui tout à fait, mais il faudrait reprendre de A à Z la formation des profs de l’Education Nationale : les former aux soft skills, au coaching… Alexandre a eu l’occasion de former plusieurs profs dans leurs trois premières années d’expérience, qui étaient complètement démunis face aux problèmes qu’ils rencontraient avec les élèves : comment se faire respecter ? Comment faire preuve d’autorité ? Comment créer un cadre propice à la transmission ?

Quand le mentorat ne fonctionne pas, quelle en est la cause ?

Quand ça ne marche pas, il suffit de faire le contraire de ce qui se fait à l’Education Nationale : ne pas laisser le prof seul, mais l’accompagner

Il y a une supervision des mentors, pour s’assurer qu’ils ont bien une bonne perception de leurs élèves.  Les mentors ont beaucoup de formations sur la manière de gérer l’agressivité, l’insatisfaction, mais également pour être capables d’identifier les élèves qui se placent systématiquement en position de victime… et éviter ainsi au mentor de se placer dans une position de « sauveur ». Le père est psy, il reconnaît s’en être inspiré sur ces sujets.

Alexandre fait lui-même beaucoup de supervision des mentors, il anime également un comité d’experts académiques externes constitué de profs, de coachs et de consultants experts. Les mentors sont un investissement, Live Mentor leur organise des séminaires, des formations (coaching théâtral, etc.).

Le développement dans d’autres secteurs d’activité est-il à l’ordre du jour ?

Le mentorat va forcément se développer, les gens ont besoin de soft skills, de bien travailler ensemble, ils rejettent le management distant sur objectifs, ce rapport managérial ne marche plus. Quand les entreprises en auront marre de perdre des employés à cause de ça, elle seront obligées de développer une autre relation managériale, plus mentorale.

Live Mentor c’est de l’éducation plutôt entrepreneuriale, mais ça couvre tous les secteurs d’activité, selon les projets des élèves.

Quels enseignements a-t-il tirés de cette expérience, auxquels il ne s’attendait pas ?

Le pouvoir de la relation entre élèves, qui ont besoin de se retrouver et le font, en ligne ou aussi physiquement. Ca l’a surpris. Pour lui, la raison principale, c’est sortir de la solitude.

D’où tire-t-il ses meilleures pratiques ?

Alexandre tire ses meilleures pratiques d’abord de sa pratique personnelle : chaque fois qu’il coache, il apprend.

Il lit énormément sur l’éducation, il a certainemet lu plus de 100 livres sur le sujet, et ses principales orientations viennent de là : Montessori, Steiner, Albert Kahn, Minerva…

Il avoue avoir assez peu creusé les différents systèmes éducatifs d’autres pays, car dès qu’il y a une administration qui se met en place, le fonctionnement n’est plus optimal, même s’il est assez admiratif de ce qui se fait dans les pays du Nord et en Finlande en particulier.

Il allait beaucoup au CRI (Center for Research and Interdisciplinarity https://cri-paris.org/) au début ; maintenant, il fréquente plutôt des cercles plus privés, avec des coachs

A titre personnel, les sujets qui l’intéressent le plus sont la communication inter-personnelle, la prise de parole en public, comment développer la confiance en soi, les soft skills…

Une idée, un projet qu’il aurait envie de mettre en place ?

Comment aller plus loin que les apéros, les conférences, les rencontres pour bavarder ?

Comment créer des formats de rencontres planifiées, scénarisées, pour créer du lien, entre les gens ? En s’inspirant par exemple de ce que fait la PNL…

Egalement à l’ordre du jour en 2019, la création d’un format court (journée) ou d’une conférence sur l’éducation…

Merci à Alexandre pour ce partage d’expérience, à suivre !

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Complément de l’auteur : comparatif avec le mentorat chez OpenClassrooms

En France, OpenClassrooms affiche la plus grande communauté de mentors accompagnant des élèves dans leur projet de formation (plusieurs centaines de mentors). Contrairement à Live Mentor néanmoins, c’est d’abord le contenu éducatif en ligne qui prime chez OpenClassrooms, le rôle du mentor venant en soutien et accompagnement du contenu ; ce qui est assez logique, l’objectif des deux sociétés étant différent. OpenClassrooms a pour objectif de diplômer ses étudiants avec des parcours certifiants, qui répondent aux critères de certification du RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnels). L’objectif étant le diplôme, le mentor a moins de marge de manœuvre quant aux contenus à recommander, même s’il dispose d’une liberté de conseil.

OpenClassrooms_AccueilSiteWeb

Egalement différent entre les deux sociétés, le modèle de contractualisation des mentors, qui sous-tend l’évolutivité de l’offre proposée ; chez OpenClassrooms, les mentors sont des professionnels de leur secteur, tous externes à la société et indépendants d’elle. Ils doivent pouvoir facturer (en tant qu’indépendants possédant leur propre société ou en tant qu’employés également auto-entrepreneurs) et ne peuvent dépasser un certain nombre d’élèves suivis par mois. Ce qui permet la création et le développement d’une communauté de mentors, plus flexible et ajustable à gérer. Ils sont rémunérés à un tarif fixe public défini selon le niveau d’expertise des projets suivis.

A l’instar de Live Mentor, le mentorat chez OpenClassrooms ne répond pas non plus aux critères « stricts » de définition du mentorat tels que les plus ardents défenseurs de ce système d’accompagnement le conçoivent, à savoir un accompagnement bénévole prioritairement, par des personnes ayant déjà vécu une expérience similaire à celle du mentoré.

On voit bien que cette définition stricte est difficilement compatible avec un modèle économique qui se veut rentable, et avec la logique d’entreprise et de croissance. Il est intéressant de constater néanmoins le développement de ces formes d’accompagnement, qui démontrent un besoin d’accompagnement des élèves ou apprenants davantage centré sur leur personnalité et sur leur projet que sur la pure acquisition de compétences « techniques ».

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