Fevad Enjeux E-Commerce 2014: Disruptive Innovation

J’ai eu l’occasion de participer à la journée Fevad Enjeux e-commerce le 26 juin dernier, qui se tenait sur le thème de la « Disruptive Innovation ». Globalement une journée intéressante côté intervenants et contenus, et très bien tenue sur les horaires, ce qui est un point de professionnalisme toujours agréable à souligner ! Même si je n’ai pas très bien saisi l’intérêt de la pause d’1h30 en fin d’après-midi, soi-disant pour networker… bof.

Pourtant la journée avait démarré très platement de mon point de vue avec un représentant du cabinet d’Axelle Lemaire qui était visiblement plus à l’aise au siècle dernier et qui pataugeait avec ses éléments de langage, peinant à nous/me convaincre de sa motivation pour le e-commerce et le numérique en général… mais le reste s’est déroulé de manière beaucoup plus convaincante, du moins jusqu’à l’intervention de Joe Dittmar d’IBM à laquelle je n’ai pu assister en entier et que donc je ne commenterai pas.

Entre ces deux extrêmes, les moments les plus intéressants ont été, me concernant, la présentation de Jeremiah Owyang qui construit son contenu sur l’économie collaborative, depuis le lancement de sa nouvelle société Crowd Companies lancée à LeWeb en décembre dernier, et la série de start-ups présentées en début d’après-midi. Le reste des interventions ne donnant pas toujours lieu à des points de vue tous novateurs, je me suis contentée de noter les remarques les plus intéressantes de mon point de vue, ou de renvoyer vers les sites des sociétés intervenantes, pour permettre à qui le souhaite de creuser davantage la question…

Voici donc mes notes de la journée, avec quelques découvertes intéressantes à la clé!

1. Regarder demain pour innover aujourd’hui

Nicolo Galante, McKinsey :
Comment les distributeurs à l’ère digitale peuvent-ils survivre et prospérer ?

Pour répondre à cette question, Nicolo Galante commence par projeter des images de dinosaures…

Nicolo Galante dinosaures Fevad JDN Pour lui, 3 stratégies possibles pour les distributeurs :

> L’évolution rapide :

– Il faut devenir vraiment agile, « lean » (ex : Dixon, Staples qui ont accéléré massivement dans le digital)

– Il faut devenir une « learning organisation »

– Il faut rester en légère avance de phase, mais pas trop. Ceux qui sont trop en avance disparaissent (ex. Egg, banque en ligne anglaise qui avait 15 ans d’avance et qui a disparu)

> La symbiose :

– Il faut associer ses forces avec les autres. Ex. Yoox qui a développé des partenariats avec de nombreuses marques de luxe

> L’hybridation :

– Il faut comprendre le sens de l’histoire. Ne pas s’acharner à deviner quel sera le modèle gagnant de demain, c’est inutile personne ne le sait. Par contre il faut plutôt essayer de comprendre vers où va la technologie : en faisant de la veille, en faisant des tests de différentes options, en expérimentant, en s’inspirant de catégories innovantes… ex. Walmart Labs, et plus récemment Tesco Labs, qui ont sorti l’innovation du groupe en créant une structure à part qui intègre des start-ups pour développer de nouvelles offres avant de les repartager avec le groupe. C’est trop long en interne.

En résumé, tout est une question de rythme, et pour survivre et s’adapter, il faut absolument changer de rythme.

Serge Soudoplatoff :

3 caractéristiques d’Internet : percolation, exaptation, homéostasie.

– L’innovation par percolation = pas de chef de projet. Des gens différents dans le monde ont les mêmes idées et se mettent en réseau.

– L’exaptation est la capacité de la nature à créer des choses dans un but premier qui permettent une fois faites de réaliser d’autres choses imprévues au départ.

– L’homéostasie est la capacité d’un modèle à rester en équilibre dynamique avec son environnement.

Pour lui, il faut absolument penser systémique ! (au lieu de continuer à créer des silos).

Une communauté se crée autour du SENS : rien ne sert de vouloir en créer à tout prix si cette première condition n’est pas remplie.

2. Et si le digital faisait des bulles ? Qui seront les bailleurs de fonds du e-commerce de demain ?
Intervenants : KissKissBankBank, Partech, JDN

Problématique du financement du e-commerce : moindre rentabilité + stocks immobilisés = peu de levier pour le capital. Or les VC investissent sur leurs fonds propres… il faut donc croître rapidement, à l’international ou sur un segment clé sur son marché.

Pour Partech, dans l’e-commerce, pas de place pour les petits, il faut croître : Small is beautiful, mais Big is plentiful !

Les places de marché sont-elles encore intéressantes ? Les intervenants disent que Rue du Commerce n’a pas gagné beaucoup d’argent sur la sienne, et que Price Minister n’est plus rentable sur la sienne… La place de marché résout le problème du stock mais fait perdre la relation client, d’où la nécessité d’une extrême rigueur avec les marchands de la place.

KKBB annonce qu’il leur sera bientôt possible de participer au financement d’entreprises, en tant que « micro Business Angel » ou sous forme de prêt rémunéré.


3. Partager c’est consommer : l’économie collaborative va-t-elle révolutionner le commerce ?
Par Jeremiah Owyang, Crowd Companies

J.O. revient sur le développement important de la consommation collaborative, en montrant des unes de journaux économiques ou en citant les chiffres de AirBnB par ex., qui louerait aujourd’hui plus d’1 million de chambres par mois.

The Economist's Cover on the Sharing EconomyIl segmente le développement d’Internet en 3 phases:

1. Internet age (premiers sites etc, développement sans échanges)
2. Social Media age (réseaux sociaux etc, possibilité de partager des idées)
3. Collaborative economy age (maintenant, possibilité de partager des produits)

6 secteurs d’activité sont actuellement en train d’être bouleversés par l’économie collaborative aujourd’hui, selon lui :

– La production de biens
– L’alimentaire
– Les services
– Les transports
– La gestion de l’espace physique
– La finance

Production de biens, exemples :

* Yerdle : une plateforme californienne d’échange de produits gratuits entre particuliers

Yerdle* Ikea, qui a lancé sa place de marché en ligne pour permettre à ses clients de vendre leurs meubles usagés

* Maker movement : Nokia publie des fichiers d’impression 3D pour permettre à ses clients d’imprimer leurs propres étuis à téléphone

Alimentaire, exemples :

* Cookening : partage de repas chez l’habitant, les cuisines des gens deviennent des restaurants

* Walgreens s’associe à Task Rabbit pour livrer les produits pharmaceutiques à domicile

Walgreen and Task RabbitServices, exemples :

* Wonolo (Work.Now.Locally) : plateforme de mise en relation entre employeurs et employés pour des missions locales et courtes à la journée. Créée par Coca-Cola, pour aider les gens (ses clients!) à trouver du travail…

Wonolo* Uber (pour info, Google est le plus gros investisseur dans Uber)

* Mu, le service de location de véhicules développé par Peugeot

* Daimler crée Car2Go, un service de partage de voiture qui permet aux utilisateurs de conduire et de garer leurs voitures à l’endroit de leur choix

Car2Go par Daimler* Réflexion BMW sur le développement d’offres similaires: à l’avenir, les villes seront saturées de voitures. Plutôt que de vendre des milliers de BMW, réfléchissons à la manière dont on pourra vendre 1 BMW des milliers de fois !

La gestion de l’espace, exemples :

* Marriott lance Workspring à Seattle, des espaces de travail partagés à la demande

Workspring at Marriott SeattleFinance, exemples :

* Bitcoin, le développement des monnaies virtuelles

* Le développement du crowdfunding (ex. financement de Pebble via Kickstarter)

* Uhaul : permet à la « foule » de financer des camions et d’en tirer un revenu régulier

D’après J.O., le crowdfunding est la forme suprême de loyauté à une marque : c’est le partage de sa destinée ! Il pense qu’à l’instar de Uhaul, de nombreuses marques vont développer leurs offres de participation collaborative.

En conclusion, 5 points clés à retenir :

1. Les gens ont aujourd’hui la technologie et donc les moyens d’obtenir ce qu’ils veulent directement les uns des autres

2. La foule devient comme une société (compagnie) : court-circuite les entreprises et systèmes/institutions inefficaces

3. Les entreprises doivent utiliser ces mêmes moyens et stratégies pour redevenir pertinentes aux yeux de leurs clients

4. Ce qui requiert l’évolution des modèles économiques, pour permettre la création de produits et services partageables

5. Les entreprises doivent devenir résilientes: connectées, donnant le pouvoir aux autres, efficaces et profitables.

(La présentation entière est disponible sur le site de la Fevad pour ceux que ça intéresse.)

 

4. Savez-vous conjuguer le verbe « Connecter » ? Smart world, connected world : ces objets « made in French Tech » qui vont changer la vie de nos clients

* BlackSocks (qui est Suisse à propos) présente ses chaussettes connectées, Smarter Socks. Blacksocks existe depuis de nombreuses années et vend des chaussettes par abonnement à 60 000 abonnés actifs, avec 40% du CA hors Suisse, essentiellement aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne. BlackSocks a récemment lancé Smarter Socks, des chaussettes munies d’une puce NFC qui sont ainsi reconnaissables par votre iPhone via l’application mobile adaptée. Ainsi, fini le problème du tri des chaussettes !

Smarter socks by BlacksocksVotre iPhone vous permet de reconnaître les bonnes paires et de les associer, mais aussi de créer une nouvelle paire avec deux chaussettes célibataires ou veuves… et également de commander directement en ligne de nouvelles paires de chaussettes.

* Citizen Sciences fabrique des D(digital)-shirts et des vêtements connectés, et fait partie des 34 projets de la nouvelle France industrielle, et même des 10 suivis personnellement par François Hollande.

Citizen SciencesElle est le pilote d’un projet industriel textile, Smart Sensing, menée par un consortium d’entreprises, fortement soutenu par BPI france. Son objet : créer, concevoir et développer l’industrie française du vêtement connecté. Le sport professionnel et amateur est la cible première du projet Smart Sensing.

* Withings qu’on ne présente plus insiste sur l’intérêt de créer un écosystème d’objets connectés, permettant ainsi de récupérer les données de l’ensemble des utilisateurs pour le bien de la communauté. Ainsi, le CHU de Toulouse utilise les pèse-personne connectés de Withings pour le suivi des diabétiques à domicile

* Shapelize : scanne, modélise et imprime en 3D. Notamment l’alimentaire, plus particulièrement le chocolat depuis 2013. Des marques utilisent Shapelize de manière événementielle, par exemple Nokia ou BMW.

Shapelize visage imprime? en chocolat* Renz, fabriquant de boîtes à lettres (80 M€ de CA), expérimente avec La Poste et Colis Privé des boîtes à colis connectées dans un immeuble parisien.

Renz boi?tes a? colis connecte?esInitié en 2010, le projet consiste à diminuer de moitié la hauteur des boîtes aux lettres et d’occuper la place ainsi dégagée avec des boîtes à colis collectives de plusieurs tailles, « privatisables » le temps d’une livraison, grâce à un système de serrures électroniques actionnées par les habitants avec le badge leur permettant d’accéder au bâtiment (et demain avec leur smartphone et la technologie NFC).

Le colis livré – la boîte pourrait être équipée d’un détecteur de présence pour vérifier que le facteur est bien passé –, la personne est avertie par SMS, e-mail ou par le moniteur équipant l’appartement. Ce dispositif d’e-conciergerie est doté d’un affichage numérique afin que le gestionnaire de l’immeuble puisse adresser des messages aux résidents, voire créer un intranet au sein du bâtiment !

 

5. L’heure de la livraison intelligente a-t-elle sonné ?
Avec Neopost ID, Transit-City, Volvo

Avec la guerre de services que se livrent les e-commerçants, la livraison est un maillon de plus en plus essentiel. Une multitude de projets fleurit dans ce domaine : des drones qui seront testés par Quirky à San Francisco dès ce mois de juillet, aux livraisons par coursiers, en passant par le co-voiturage de colis ou encore les boîtes à colis connectées vues plus haut… sans parler d’Ali Baba en Chine qui vient d’investir lourdement dans Singapour Post.

Volvo en rajoute une nouvelle, avec son projet de voiture connectée permettant la livraison directement dans la voiture.

NeoPost ID, filiale de NeoPost, expérimente de son côté PackCity, des consignes automatiques. Un pilote est en cours en France avec Relais Colis, Geopost et Monoprix.

François Bellanger de Transit-City tempère l’excitation générale pour les systèmes connectés de livraison en rappelant que dans de nombreux pays dans le monde, il existe des systèmes de livraison intelligente totalement dépourvus d’informatique : il cite le Japon notamment, où « le magasin vient au domicile », Dubai, les favelas de Rio, l’Inde, etc.

 

6. Mon mobile, c’est mon caddie : comment l’Israélien Appixia est en train de révolutionner le m-commerce, avec Yigael Berger, CEO

Appixia créé il y a 3 ans, et racheté il y a 4 mois par Wix.com, qui a 15 millions d’utilisateurs.

Appixia aide les professionnels, et les commerçants en particulier, à gérer leur présence sur mobile. C’est une suite de solutions qui permet de construire son site et ses applis mobiles et de les gérer.

Pour Y.G., le mobile est un problème pour les commerçants : d’abord un problème psychologique ! C’est leur état d’esprit qui les empêche de bien l’adresser, et notamment leurs souvenirs de leurs premiers pas sur le web. Mais ils n’auront bientôt plus le choix !

Ensuite, le mobile est un problème concret, car c’est une nouvelle expérience utilisateur. Il faut donc recréer les contenus (sites, applis) de manière spécifique pour le mobile, notamment le design. Ce qui coûte de l’argent.

Et ce qui explique l’intérêt d’utiliser des solutions comme Appixia… que je vous laisse découvrir!

 

7. Et si on repensait la communication des sites e-commerce ?
Avec Figaro Médias, Critéo et Search XPR

Sur ce thème il y a eu une prise de parole très promotionnelle de Figaro Médias qui entendait bien expliquer à ses annonceurs présents dans la salle à quel point le Figaro s’était digitalisé…

L’intervention de Critéo portait essentiellement sur le développement du mobile dans l’e-commerce, chiffres récents à l’appui : en Angleterre, le e-commerce continue à évoluer de 15% tous les trimestres, mais depuis 3 trimestres cette évolution est nulle sur les ordinateurs et donc entièrement portée par le mobile. Il y a urgence pour les commerçants à ajuster leur présence sur mobile ! Critéo, qui a lancé son offre mobile en septembre dernier, fait 15% de son CA mondial sur ce segment aujourd’hui.

Enfin, présentation de Search XPR, une société qui produit un nouvel algorithme d’intelligence artificielle qui améliore les taux de conversion en ligne, en se basant à la fois sur le « décodage » des objectifs conscients mais aussi inconscients de l’internaute.

Search XPR et Pecheur.comA l’origine, c’est un algorithme développé pour mieux décoder les émotions des internautes, et qui trouve aujourd’hui une application concrète dans le e-commerce, Search XPR vient d’ailleurs de lever 2 millions d’euros pour son développement. Il a été récemment testé sur Pêcheur.com, où le panier moyen a été augmenté de 27% avec des taux qui se maintiennent depuis 2 mois.

 

8. Enfin, en conclusion pour ma part, un échange entre Stéphane Soumier de BFM et Pierre Kosciusko-Morizet, dont j’ai retenu les éléments suivants:

S.S. commence en interpellant P.K.M. sur une rumeur selon laquelle Rakuten serait sur le point d’investir dans la création d’une compagnie aérienne au Japon en association avec la compagnie malaisienne. P.K.M. ne peut se prononcer mais rappelle que les activités de Rakuten sont beaucoup plus étendues, notamment au Japon, que ce que peut en percevoir le public français. Rakuten couvre une quarantaine de business units avec autant de métiers différents, est notamment la première agence de voyages en ligne au Japon, et toutes ces offres sont agrégées au sein d’un super programme de fidélité (type Miles) qui a un taux d’utilisation très élevé auprès des clients, qui se considèrent d’ailleurs être d’abord des « membres » que des clients. Rakuten a par ailleurs 35% de part de marché de l’e-commerce au Japon.

L’enchaînement se fait sur les critères de réussite dans l’e-commerce, et S.S. demande à P.K.M. s’il réinvestirait dans l’e-commerce aujourd’hui?

P.K.M.: pour être un très bon généraliste, il faut être très bon en logistique (c’est pourquoi, selon lui, Amazon a largement devancé eBay). Ce qui nécessite d’investir beaucoup d’argent! Difficile d’être moyen, et difficile d’être local. C’est pour ces raisons que Price Minister avait vendu: ils étaient locaux et n’avaient pas de logistique. Et pour l’instant, difficile de parler d’e-commerce international, c’est généralement du multi-local car les questions logistiques nécessitent précisément la présence d’équipes dans chaque pays.

Ensuite, il y a plein de places de marché, type CtoC dans le luxe, où il n’y a pas besoin de logistique; ce sont ces types d’offres d’e-commerce qui ont des perspectives aujourd’hui. Dans un autre domaine, la revente de vêtements d’enfants usagés, un site comme Patatam (dans lequel P.K.M. a investi) rencontre beaucoup de succès et a une logistique particulière qui est une forme de barrière à l’entrée pour de gros acteurs industriels.

Sur la place du mobile dans l’e-commerce, P.K.M. dit qu’au Japon, le PC est devenu un accessoire du mobile, mais c’est loin d’être encore le cas en France, où par exemple Price Minister fait encore 80% de son CA sur le desktop.

Je conclus avec une réflexion de Stéphane Soumier, qui n’était pas en conclusion mais que je trouve intéressante à placer ici pour terminer sur une réflexion sur l’évolution de l’e-commerce en perspectives des tendances plus larges de consommation et de comportement: S.S., en citant le succès de The Lending Club, ou encore de Prêt d’Union en France, se demandait si à l’inverse des situations habituelles de crise qui créent de la défiance entre les gens, la crise actuelle n’était-elle pas en train au contraire de créer de la confiance entre les gens, sous-entendu « directement » entre les gens en contournant les acteurs institutionnels?

A bon entendeur…

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